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Paul Kagame : « Nous refusons de lever les mesures défensives »

Paul Kagame refuse de mettre en œuvre les Accords de Washington et la Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'ONU : analyse et implications

Dans une interview exclusive publiée le 3 avril 2026, le président rwandais Paul Kagame a ouvertement confirmé que ses forces sont déployées dans l'est de la République démocratique du Congo, rejeté l'exigence de leur retrait, qualifié les sanctions américaines d'illégitimes et déclaré assumer pleinement le statu quo militaire. Cette note analyse ce qu'a dit Kagame, ce que cela implique pour les Accords de Washington, et les mesures concrètes que les États-Unis doivent désormais prendre pour restaurer la crédibilité de leur diplomatie dans la région des Grands Lacs.

Introduction : un aveu enveloppé de griefs

L'interview, menée par François Soudan et publiée dans Jeune Afrique le 3 avril 2026, constitue l'une des déclarations les plus explicites jamais faites par Paul Kagame sur le rôle militaire du Rwanda en RDC. Ce qui la rend analytiquement importante, ce n'est pas qu'elle révèle quelque chose d'inconnu jusque-là — la présence des Forces de défense du Rwanda dans l'est du Congo est documentée dans les rapports successifs du Groupe d'experts des Nations Unies — mais qu'elle élimine tout espace résiduel d'ambiguïté diplomatique. Kagame ne s'est pas contenté d'évoquer l'implication du Rwanda. Il l'a confirmée, justifiée et a refusé d'y mettre fin.

Pour les États-Unis, qui ont parrainé les Accords de Washington de décembre 2024 et ont depuis imposé des sanctions aux Forces de défense du Rwanda ainsi qu'à quatre de leurs commandants supérieurs, cette interview constitue un défi direct. Kagame a, en substance, dit à Washington que sa diplomatie est partiale, que ses sanctions sont dépourvues de fondement légitime, et que le Rwanda ne se retirera de l'est du Congo que lorsque les conditions fixées par Kigali seront remplies. La question à laquelle cette note répond est simple : que doivent désormais faire les États-Unis ?

KAGAME DANS SES PROPRES MOTS — SUR LE RETRAIT

« Nous refusons de lever les mesures défensives. Qu'il s'agisse de troupes, de troupes et d'équipements, ou de toute autre chose, nous appelons cela des mesures défensives. Et dans votre logique, pourquoi une menace me serait-elle destinée ? Vous me demandez de supprimer mes mesures défensives, mais vous ne traitez pas la menace. Quelle est la logique ? »

Ce que Kagame a réellement dit : les aveux clés

L'interview contient plusieurs déclarations qui, prises isolément, seraient déjà notables et qui, réunies, constituent un rejet global du cadre de Washington et de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Chacune mérite un examen attentif.

Premier aveu : des troupes rwandaises sont bien présentes sur le terrain

Interrogé sur la question de savoir si les « mesures défensives » du Rwanda impliquaient une présence physique dans l'est du Congo, Kagame a répondu sans équivoque. Il a déclaré que ces mesures pouvaient impliquer du matériel et des troupes au sol pour défendre le territoire rwandais, et que pénétrer cinq, dix ou vingt kilomètres au-delà de la frontière, dans la poursuite d'une menace identifiée, ne constituait aucune contradiction. Son ambassadeur à Washington avait déjà indiqué à l'administration américaine, le 22 janvier 2025, que le Rwanda assurait une « coordination sécuritaire avec le RDF/M23 ». Dans cette interview, Kagame est allé plus loin : il a confirmé que troupes, matériel et pénétration territoriale relèvent tous de ce que le Rwanda appelle des mesures défensives.

Or, à peine deux mois auparavant, le 3 février 2025, Kagame avait déclaré au journaliste Larry Madowo de CNN qu'il ignorait si des troupes rwandaises se trouvaient en RDC — alors qu'il en est le commandant en chef. Pressé à plusieurs reprises, il avait refusé de confirmer ou de démentir une présence militaire, se bornant à dire que le Rwanda ferait « tout ce qu'il faut pour se protéger ». Le contraste entre ce déni et la confirmation ouverte des déploiements lors de l'interview accordée à Jeune Afrique le 3 avril 2026 n'est pas une question de circonstances changeantes. Il s'agit d'un constat de tromperie délibérée. Un chef d'État qui est aussi commandant suprême de ses forces armées n'ignore pas si ses troupes sont déployées dans un pays voisin. Il choisit ce qu'il dit — et le moment où il le dit — en fonction des conséquences politiques de ses déclarations.

KAGAME DANS SES PROPRES MOTS — SUR LES TROUPES

« Cela signifie que vous pouvez utiliser du matériel. Vous pouvez utiliser des troupes sur le terrain, ce qui signifie défendre ce territoire. Si je défends ma frontière un matin à cinq kilomètres, ou dix, ou vingt, en raison d'une menace que j'ai identifiée, où est la contradiction ? »

Deuxième aveu : le Rwanda est à l'aise avec la zone contrôlée par le M23

Interrogé sur le point de savoir si l'objectif stratégique du Rwanda dans l'est du Congo était de maintenir une zone d'influence politique, économique et sécuritaire jusqu'à la conclusion d'un accord avec un gouvernement congolais qu'il ne considérerait pas comme hostile, Kagame a donné une réponse nuancée mais clairement affirmative. Il a déclaré que la zone contrôlée par le RDF/M23 ne représentait « pas un danger immédiat » pour le Rwanda et que celui-ci était, dans une certaine mesure, « à l'aise » avec la situation actuelle, tout en reconnaissant que ce n'était pas la fin du chemin.

Il s'agit d'un aveu décisif. Cela signifie que le Rwanda n'a aucune incitation stratégique à mettre en œuvre les Accords de Washington et la Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'ONU, à moins d'arracher des garanties politiques à Kinshasa. Les dispositions relatives au cessez-le-feu et au retrait ne sont donc pas considérées par Kigali comme des obligations, mais comme des instruments de négociation.

Troisième aveu : le mensonge d'Uvira — pourquoi les combats antérieurs rendent la conduite du Rwanda encore plus grave

Parmi tous les arguments avancés par Kagame dans l'interview de Jeune Afrique, son récit de la chute d'Uvira est l'un des plus révélateurs — non pas parce qu'il serait convaincant, mais en raison de ce qu'il concède involontairement. Kagame a soutenu que les combats autour d'Uvira avaient lieu depuis plusieurs semaines avant la signature des Accords de Washington le 4 décembre 2024, que les États-Unis avaient été informés des développements presque quotidiennement, et que l'indignation américaine était donc « sélective » — une lecture volontairement biaisée d'événements qui étaient en cours bien avant la cérémonie.

Cet argument est construit pour paraître raisonnable. En réalité, il ne résiste pas à un examen élémentaire. C'est une affirmation auto-réfutante qui prouve précisément la mauvaise foi qu'elle prétend nier.

Considérons la logique avancée par Kagame. Il dit : les combats étaient déjà en cours avant la signature ; les États-Unis le savaient ; par conséquent, la chute ultérieure d'Uvira ne saurait être imputée à une violation rwandaise des Accords. Mais ce raisonnement, s'il est accepté, ne conduit qu'à une seule conclusion : le Rwanda a signé les Accords de Washington le 4 décembre 2024 alors que ses forces alliées poursuivaient activement leur avancée sur Uvira, sans aucune intention de l'arrêter. Un État agissant de bonne foi lors d'une cérémonie de paix ne laisse pas ses forces militaires alliées continuer des opérations offensives pendant et après la signature. Il les arrête. Au minimum, il les gèle le jour même de la signature. Le standard le plus élémentaire de discipline de cessez-le-feu exige que les opérations militaires actives soient gelées au moment où un accord entre en vigueur — pas suspendues plus tard, pas ralenties progressivement, pas autorisées à atteindre d'abord leur objectif tactique.

Si, comme Kagame le prétend, la situation militaire autour d'Uvira évoluait depuis des semaines et que Washington en était informé quotidiennement, alors le Rwanda avait tout à la fois l'opportunité et l'obligation de geler l'avancée du RDF/M23 avant de s'asseoir à la table de signature. Le fait qu'il ne l'ait pas fait — que les forces coordonnées par le Rwanda aient poursuivi leur avancée pendant la cérémonie et au-delà — démontre que les Accords de Washington ont été signés de mauvaise foi dès le premier instant. Ils ont été violés. Le Rwanda a utilisé la cérémonie comme couverture diplomatique pour une opération militaire déjà en cours qu'il n'avait aucune intention d'interrompre.

Ce n'est pas une interprétation ambiguë. C'est la seule lecture logique des faits présentés par Kagame lui-même. En confirmant que les combats étaient déjà en cours avant le 4 décembre, Kagame n'a pas innocenté le Rwanda. Il a fourni la preuve la plus claire possible que la signature constituait une tromperie calculée — une mise en scène diplomatique orchestrée pendant qu'un objectif militaire, que l'accord était censé empêcher, était en train d'être accompli sur le terrain.

LA LOGIQUE INÉCHAPPABLE

L'argument même de Kagame — selon lequel les combats autour d'Uvira étaient déjà en cours avant la signature et que les États-Unis en étaient informés quotidiennement — prouve exactement l'inverse de ce qu'il entend démontrer. Il établit que le Rwanda a signé les Accords de Washington le 4 décembre 2024 en laissant sciemment ses forces alliées poursuivre une offensive militaire active. Ce n'est pas un cessez-le-feu. C'est une tromperie consommée lors d'une cérémonie diplomatique. Réduite à l'essentiel, la logique de Kagame est la suivante : puisque les combats avaient commencé avant la signature des Accords, ils n'étaient pas couverts par ceux-ci et pouvaient donc se poursuivre sans interruption après la signature. Ce n'est pas une interprétation d'un accord de paix. C'est sa négation délibérée.

Il existe une dimension supplémentaire de cet argument qui mérite d'être énoncée clairement. Même en acceptant entièrement le scénario de Kagame — même en admettant, pour les besoins du raisonnement, que les combats duraient depuis des semaines, que l'élan militaire était pris et que la situation était difficile à stopper instantanément — la bonne conduite d'une partie qui signe un accord de paix est de communiquer honnêtement cette difficulté à la partie médiatrice, de demander un bref report de la signature jusqu'à ce que les opérations puissent être gelées, ou de signer en formulant des réserves explicites accompagnées d'un calendrier d'arrêt des opérations. Rien de tout cela ne s'est produit. Le Rwanda a signé. L'avancée s'est poursuivie. Les combats se sont intensifiés. Uvira est tombée. Et l'explication de Kagame, livrée dix-sept mois plus tard à un journaliste français, est que tout le monde aurait dû comprendre le contexte.

C'est la logique d'une partie qui n'a jamais eu l'intention de respecter ses engagements. Elle est cohérente avec tous les autres accords que le Rwanda a signés sans les appliquer au cours des trente dernières années. Elle devrait désormais être traitée, dans tous les cadres diplomatiques futurs, comme la réponse définitive à la question de savoir si le Rwanda négocie de bonne foi. Il ne le fait pas. Il négocie pour créer une apparence de bonne foi tout en poursuivant ses objectifs militaires sans interruption.

Quatrième aveu : le cadrage FDLR est une condition politique, non une préoccupation sécuritaire sincère

Tout au long de l'interview, Kagame est revenu à plusieurs reprises sur les FDLR — les Forces démocratiques de libération du Rwanda, groupe armé hutu opérant dans l'est de la RDC — comme justification centrale de la présence rwandaise. Il a insisté sur le fait que le Rwanda ne pouvait être invité à se retirer tant que la menace des FDLR n'aurait pas été éliminée. Or, les FDLR servent de justification à l'intervention militaire rwandaise en RDC depuis 1996. Leur capacité militaire réelle a été considérablement réduite au fil des décennies d'opérations impliquant à la fois l'armée congolaise et les incursions rwandaises antérieures. Le Rapport Mapping des Nations Unies de 2010 a documenté que les forces rwandaises avaient commis des atrocités massives dans l'est du Congo au cours de ces mêmes opérations prétendument dirigées contre les FDLR.

Le cadrage FDLR n'est pas une évaluation honnête de la sécurité. C'est une condition permanente qui, par construction, ne peut jamais être pleinement satisfaite, parce que l'existence même des FDLR — même sous une forme affaiblie — fournit au Rwanda une licence de durée indéterminée pour intervenir militairement dans un État voisin souverain. Il faut également rappeler que les FDLR elles-mêmes ont affirmé que leur existence continue est liée à la nécessité de défendre les réfugiés hutus qui ont régulièrement été ciblés et massacrés lors d'opérations conjointes menées par les forces rwandaises et congolaises au cours des trois dernières décennies. Le Rapport Mapping de 2010 documente largement ces massacres. Les rangs des FDLR comprendraient aussi les enfants devenus orphelins à la suite de ces opérations — une dimension du conflit que le cadrage sécuritaire de Kigali omet systématiquement.

Il est significatif que, lorsque Kagame a été invité à préciser le nombre actuel de combattants FDLR, il ne l'a pas fait. Un commandant suprême disposant du renseignement militaire, qui affirme que les FDLR représentent une menace existentielle justifiant l'occupation d'un pays voisin, devrait être en mesure d'en indiquer avec précision l'ampleur. Son incapacité — ou son refus — à le faire constitue en soi une preuve que le cadrage FDLR est politique et non opérationnel.

KAGAME DANS SES PROPRES MOTS — SUR LES SANCTIONS

« Il ne faut pas avoir fait quoi que ce soit de mal. Mais parce qu'ils soutiennent quelqu'un qui a fait quelque chose de mal, qui fait quelque chose de mal, ils les appliquent. Si c'est fondé sur l'intérêt et qu'ils n'ont pas d'intérêt pour moi, comment vais-je arrêter cela ? »

Les Accords de Washington : ce qui a été convenu et ce qui s'est effondré

Les Accords de Washington du 4 décembre 2024, parrainés par les États-Unis à l'issue de plusieurs mois de navettes diplomatiques, exigeaient que la RDC et le Rwanda prennent des mesures précises de désescalade. Le Rwanda devait cesser son soutien au RDF/M23, faciliter le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et participer à un mécanisme conjoint de surveillance. La RDC devait, de son côté, prendre des mesures pour répondre aux préoccupations sécuritaires déclarées du Rwanda, notamment concernant les groupes armés opérant près de la frontière rwandaise.

Quelques jours seulement après la signature, les forces du RDF/M23 — coordonnées par le Rwanda — se sont emparées d'Uvira, important centre commercial du Sud-Kivu. Les Accords s'étaient, en pratique, effondrés avant même que l'encre ne soit sèche. La désignation par le Trésor américain du RDF et de quatre commandants en mars 2025 — dont le général James Kabarebe — a constitué une reconnaissance formelle du fait que le Rwanda n'avait pas respecté ses engagements et n'avait aucune intention de le faire.

La réponse de Kagame à la question de savoir s'il se conformerait à l'exigence américaine de retrait immédiat a été révélatrice. Il n'a pas répondu non de manière frontale. Il a plaidé que toutes les parties ont des obligations, que la RDC n'a jamais respecté les accords précédents et que les États-Unis doivent exercer une pression équilibrée. Il s'agit d'une posture de négociation, non d'un plan de retrait. Or, une asymétrie fondamentale demeure : ce n'est pas la RDC qui occupe le territoire rwandais. C'est le Rwanda qui occupe le territoire de la RDC. Ce n'est pas un détail procédural. C'est le fait juridique et moral central du conflit. Et il détermine la manière dont les obligations découlant des Accords de Washington doivent être interprétées. La partie occupante est celle qui doit se retirer. C'est le Rwanda.

Trente ans de précédents : signer des accords sans intention de les respecter

Le refus de Kagame de mettre en œuvre les Accords de Washington n'a rien d'une aberration. Il s'inscrit dans la continuité d'un schéma ancien. Comprendre ce schéma est indispensable à toute évaluation honnête de la diplomatie actuelle, car il montre que le problème n'est pas la rédaction des accords, mais l'incapacité structurelle de la direction rwandaise à se laisser lier par des engagements qui limiteraient ses objectifs stratégiques. Traiter chaque accord rompu comme un nouvel échec de processus, plutôt que comme l'expression d'une disposition constante, a été l'erreur fondamentale de trois décennies d'engagement international avec Kigali.

Les Accords d'Arusha de 1993 : le modèle originel

Les Accords de paix d'Arusha, signés le 4 août 1993 entre le gouvernement du président Juvénal Habyarimana et le Front patriotique rwandais, constituaient le cadre de paix le plus ambitieux qu'ait connu le Rwanda. Parrainés par la Tanzanie avec un soutien international, ils prévoyaient un gouvernement de transition, l'intégration des forces du FPR dans une armée nationale unifiée, le retour des réfugiés et la mise en place d'institutions démocratiques. La communauté internationale les avait salués comme une avancée historique.

Ils n'ont jamais été mis en œuvre. Dans la nuit du 6 avril 1994, l'avion transportant le président Habyarimana et le président burundais Cyprien Ntaryamira a été abattu à l'approche de l'aéroport de Kanombe, à Kigali. Les deux chefs d'État ont été tués. En quelques heures, le génocide a commencé. La destruction du cadre d'Arusha n'a pas été un épisode secondaire de ce qui a suivi. Elle en a été la condition préalable.

La question de l'identité des auteurs de l'attentat contre l'avion présidentiel a fait l'objet d'enquêtes judiciaires sur plusieurs décennies. Le juge français Jean-Louis Bruguière, au terme d'une enquête de neuf ans, a délivré en 2006 des mandats d'arrêt internationaux contre neuf hauts commandants du FPR, concluant que l'attaque avait été menée par le FPR sur ordre de Paul Kagame. Un juge espagnol, Fernando Andreu Merelles, a abouti à des conclusions similaires en 2008 dans le cadre d'une enquête sur la mort de ressortissants espagnols au Rwanda et en RDC, délivrant des actes d'inculpation contre quarante commandants du FPR. Le gouvernement rwandais a constamment nié ces conclusions et poursuivi les journalistes et chercheurs rwandais qui abordaient cette question.

La portée de cet élément pour la présente analyse est directe. Les Accords d'Arusha représentaient un véritable partage du pouvoir qui aurait limité la capacité du FPR à prendre seul le contrôle du Rwanda. Si l'attentat contre l'avion de Habyarimana a bien été commis par le FPR, comme l'ont conclu ces enquêtes judiciaires, alors cet assassinat a été le moyen par lequel cette contrainte a été levée. Le schéma visible dès 1994 est le même que celui observé aujourd'hui : les accords sont signés lorsqu'ils servent d'instruments tactiques ; ils sont écartés, neutralisés ou rendus impossibles dès lors qu'ils menacent de limiter l'objectif stratégique du pouvoir sans partage.

LE PARALLÈLE HISTORIQUE

En 1993, le FPR a signé les Accords d'Arusha avec le gouvernement Habyarimana. Les accords n'ont jamais été mis en œuvre. En décembre 2024, le Rwanda a signé les Accords de Washington avec le gouvernement Tshisekedi. En quelques jours, les forces du RDF/M23 se sont emparées d'Uvira. Le 3 avril 2026, Kagame a déclaré à Jeune Afrique qu'il était à l'aise avec le statu quo. Trente ans séparent ces épisodes. La logique, elle, est identique.

Le processus de Luanda : refuser d'être présent tout en exigeant la conformité des autres

Le processus de paix de Luanda, facilité par l'Angola sous la présidence de João Lourenço, a constitué le principal cadre diplomatique africain du conflit RDC-Rwanda depuis 2022. Il a produit des communiqués, des principes convenus et des feuilles de route. Il n'a pas produit de cessez-le-feu effectif, de retrait ni de mécanisme de surveillance fonctionnel — parce que le Rwanda n'a pas appliqué ce à quoi il s'était engagé.

De manière particulièrement révélatrice, Kagame a refusé d'assister personnellement à la signature d'un accord de paix dans le cadre de Luanda, alors que le président Tshisekedi y participait. La justification avancée par Kagame était que Tshisekedi devait d'abord négocier directement avec le M23 avant toute rencontre présidentielle. C'est une position circulaire conçue pour qu'aucune rencontre n'ait lieu : en exigeant que la RDC légitime un groupe armé que le Rwanda a lui-même créé et commandé comme condition préalable à la présence de Kagame, Kigali rend le dialogue structurellement impossible.

Cette asymétrie n'est pas un détail de calendrier. C'est un signal délibéré. En refusant de se présenter tout en exigeant que la RDC le fasse et prenne des engagements, le Rwanda tire les bénéfices politiques d'une apparente participation à la diplomatie sans en assumer les obligations. Il s'agit d'une technique de négociation, non d'un processus de paix.

Une logique stratégique cohérente

Si l'on prend du recul sur trente ans — des Accords d'Arusha en 1993 à l'Accord de cessez-le-feu de Lusaka de 1999, à l'Accord de Sun City de 2002, au Communiqué de Nairobi de 2013, au Processus de Nairobi de 2022 et enfin aux Accords de Washington de 2024 — une logique stratégique cohérente apparaît. Le Rwanda s'engage dans les processus de paix lorsque cet engagement lui procure un avantage tactique : légitimer sa position, retarder la pression internationale, ou créer un cadre dans lequel il pourra ensuite accuser la RDC de violation. Le Rwanda se désengage, temporise ou agit à rebours de ses engagements dès lors que la mise en œuvre exigerait qu'il cède des positions militaires ou territoriales qu'il juge stratégiquement précieuses.

L'échec répété de la communauté internationale à nommer explicitement ce schéma — à dire clairement, dans ses déclarations officielles et ses échanges diplomatiques, que le Rwanda possède un historique documenté de non-respect des accords remontant au moment fondateur du régime actuel — est lui-même un choix politique. Ce choix a servi les intérêts du Rwanda et nui aux civils de la RDC pendant trente ans. L'interview de Kagame du 3 avril 2026 devrait marquer le moment où ce choix est enfin réexaminé.

La dimension minière : intérêts économiques et calcul stratégique

Kagame a répondu à l'accusation selon laquelle l'objectif stratégique du Rwanda dans l'est de la RDC inclurait le contrôle des ressources minières sans manifester la moindre gêne. Il a reconnu que le Rwanda s'est développé comme plateforme régionale de traitement et de transit, que les minerais rwandais comme ceux « venus de l'extérieur » sont les bienvenus, et que le Rwanda peut certifier l'origine des minerais transitant par son territoire. Il a présenté cela non comme une exploitation, mais comme un rôle économique régional légitime.

Ce cadrage mérite un examen rigoureux. Des rapports successifs du Groupe d'experts des Nations Unies ont documenté que le coltan, l'or, la cassitérite et la wolframite extraits des mines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu — souvent dans des zones sous contrôle ou sous influence du RDF/M23 — sont acheminés par le Rwanda et exportés sous certificats d'origine rwandaise. La valeur économique de ce commerce est considérable. Les exportations minières du Rwanda ont augmenté de manière spectaculaire depuis 2021, tandis que l'est de la RDC sombrait à nouveau dans l'insécurité. Ce parallélisme n'a rien d'accidentel.

Pour Washington, cette dimension est essentielle, car elle signifie que le Rwanda a de puissantes incitations financières à maintenir sa présence dans l'est du Congo, indépendamment de tout argument sécuritaire. Une diplomatie fondée exclusivement sur la sécurité — par exemple en offrant des garanties à Kigali sur la question des FDLR — ne suffira pas à résoudre une situation alimentée en partie par l'extraction et la captation de ressources à grande échelle.

Kabila, gouvernance par procuration et violation du droit international

Deux déclarations faites par Kagame dans l'interview de Jeune Afrique, prises ensemble, constituent un aveu public d'une conduite qui viole les principes fondamentaux du droit international. La première concerne son approbation de la présence de l'ancien président congolais Joseph Kabila à Goma, sous administration du RDF/M23. La seconde est sa déclaration selon laquelle il accueillerait quiconque voudrait affronter la situation en RDC et participer à la lutte pour un Congo stable. Il ne s'agit pas de simples propos humanitaires. Ce sont des énoncés de politique. Le Rwanda soutiendra des acteurs politiques et armés agissant contre le gouvernement de la RDC.

Sur Kabila, Kagame a été explicite. Il a déclaré qu'il ne refuserait le passage ni à Kabila ni à quiconque voudrait « faire partie » de la résolution des problèmes de l'est du Congo. Présentée ainsi, la formule paraît anodine. Mais ce qu'elle décrit, en substance, c'est le fait que le Rwanda facilite la présence d'un ancien chef d'État — dont la relation avec le RDF/M23 a été évoquée à plusieurs reprises — dans un territoire placé sous administration militaire d'une rébellion soutenue par Kigali. Ce n'est pas un simple passage. C'est un parrainage politique.

La dimension juridique : ce que fait le Rwanda et pourquoi cela est illégal

En droit international, l'interdiction du recours à la force consacrée par l'article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies est l'une des normes les plus fondamentales de l'ordre international. Elle interdit non seulement l'agression militaire directe, mais aussi la menace de la force et le recours indirect à la force par l'intermédiaire d'acteurs mandataires. La Cour internationale de Justice, dans son arrêt de 2005 dans l'affaire République démocratique du Congo contre l'Ouganda, a clairement établi qu'un État viole le droit international lorsqu'il fournit un soutien — sous forme de formation, de financement, d'armement ou d'appui politique — à des groupes armés opérant sur le territoire d'un autre État sans le consentement de celui-ci.

La conduite du Rwanda en RDC remplit tous les éléments de cette interdiction. Le RDF a fourni des troupes, des armes, de la logistique et une coordination de commandement au RDF/M23 — ce que Kagame lui-même a confirmé dans cette interview. Le Rwanda l'a fait sans le consentement du gouvernement de la RDC, en violation directe de l'intégrité territoriale de la RDC et dans la poursuite d'objectifs politiques et économiques sur le sol congolais. Aucun argument sécuritaire, y compris relatif aux FDLR, ne fournit de base juridique à cette conduite.

La déclaration de Kagame selon laquelle il soutiendrait quiconque travaillerait contre le gouvernement de la RDC va encore plus loin. C'est une déclaration publique d'intention de parrainer des acteurs d'opposition — politiques et potentiellement armés — contre un gouvernement souverain reconnu. Aux termes de la Résolution 2625 de l'Assemblée générale des Nations Unies de 1970, qui codifie le principe de non-intervention, tout État a le devoir de s'abstenir d'organiser, d'inciter, d'assister ou de participer à des actes de guerre civile ou à des actes de terrorisme dans un autre État. La conduite du Rwanda — et désormais les déclarations publiques de Kagame — entrent directement dans ce que cette résolution interdit.

KAGAME DANS SES PROPRES MOTS — SUR LE SOUTIEN À L'OPPOSITION EN RDC

Kagame a déclaré ouvertement qu'il accueillerait quiconque voudrait affronter la situation en RDC et faire partie de la lutte pour l'est du Congo, y compris Kabila. Il a demandé : « Comment cette personne peut-elle dire qu'elle veut faire face à cette situation dans son pays, et moi lui refuser le passage ? Quelle logique cela aurait-il ? »

L'hypocrisie de cette position apparaît avec encore plus d'évidence lorsqu'on la compare à ses plaintes parallèles concernant la visite supposée de Jean-Luc Habyarimana à Kinshasa. Tout en déclarant publiquement sa volonté de parrainer Kabila et tout autre acteur désireux de contester le gouvernement de la RDC — en utilisant le territoire rwandais comme base contre un État voisin souverain — Kagame a exprimé son inquiétude face à une visite de Jean-Luc Habyarimana à Kinshasa et à de supposés entretiens avec Tshisekedi. Il n'existe aucune preuve vérifiée qu'une telle rencontre ait eu lieu, et encore moins qu'elle ait impliqué une coordination contre le Rwanda. Mais même si c'était le cas, le président Tshisekedi a parfaitement le droit souverain de recevoir qui il souhaite. C'est un attribut fondamental de la souveraineté. L'anxiété de Kagame face à cette visite non vérifiée, mise en regard de son propre soutien affiché à la présence de Kabila à Goma sous administration du RDF/M23, révèle une logique de deux poids, deux mesures : le Rwanda s'autorise à intervenir dans les affaires intérieures de la RDC, mais refuse à la RDC le droit de recevoir des visiteurs dont Kigali n'approuve pas l'identité.

Ce n'est pas seulement une incohérence morale. C'est une incohérence juridique. Les Accords de Washington, signés par les deux parties le 4 décembre 2024, contiennent un engagement mutuel de non-ingérence. Le parrainage rwandais de Kabila à Goma, l'ouverture déclarée de Kigali à tout acteur travaillant contre le gouvernement Tshisekedi, et ses protestations publiques au sujet d'une prétendue rencontre entre un chef d'État congolais et une figure de l'opposition rwandaise forment ensemble une violation d'ensemble de cet engagement — par une seule partie : le Rwanda.

Les groupes armés du Rwanda en RDC : trente années de continuité

Le RDF/M23 actuel n'est pas une insurrection spontanée dans laquelle le Rwanda aurait été entraîné malgré lui. Il constitue la dernière itération d'une série de groupes armés que le Rwanda a créés, financés, armés et dirigés en RDC depuis 1996. Chacun a été présenté, au moment de sa création, comme une réponse à une menace sécuritaire particulière. Chacun a, en pratique, servi d'instrument de pénétration stratégique, politique et économique rwandaise dans l'est du Congo.

L'AFDL, créée en 1996 sous la façade politique de Laurent-Désiré Kabila, était en réalité organisée, financée et conduite militairement par le Rwanda et l'Ouganda. Le RCD a été lancé en 1998 lorsque Laurent-Désiré Kabila a cherché à s'émanciper de Kigali. Le CNDP a pris le relais en 2006 sous Laurent Nkunda. Puis le M23 a émergé en 2012, avant d'être défait et reconstitué en 2021 avec, une nouvelle fois, un soutien rwandais documenté. À cela s'ajoutent Red Tabara, actif contre le Burundi depuis des bases à l'est de la RDC, et Twirwaneho, milice banyamulenge liée aux dynamiques militarisées du Sud-Kivu. Au-delà des structures formelles, Kigali a également exercé à divers moments une influence ou un soutien sur d'autres formations armées locales.

Ce qui frappe dans ce bilan, ce n'est pas seulement la répétition, mais la cohérence de la méthode. Chaque groupe armé est créé ou réactivé lorsque le précédent est affaibli ou neutralisé. Chacun est présenté comme une réponse défensive à une menace sécuritaire. Chacun est nié par Kigali jusqu'à ce que les preuves deviennent trop fortes pour être écartées. Le réseau qui opère aujourd'hui dans l'est de la RDC — avec le RDF/M23 comme force conventionnelle centrale, Twirwaneho comme relais local communautaire, et Red Tabara comme instrument régional de pression contre le Burundi — représente la forme la plus mûre et la plus étendue de cette stratégie.

Les déclarations publiques de Kagame dans l'interview de Jeune Afrique du 3 avril 2026 — sa satisfaction à l'égard de la zone M23, son accueil favorable à Kabila, son ouverture affichée à quiconque voudrait s'opposer au gouvernement de la RDC — confirment que cette architecture n'est pas le résultat de décisions sécuritaires improvisées. C'est un projet stratégique mûri sur trois décennies.

Kagame, le Mozambique et les limites du levier rwandais

Kagame a également utilisé cette interview pour adresser à l'Union européenne une menace à peine voilée concernant le financement du déploiement rwandais au Mozambique. Le Rwanda a déployé environ 5 000 soldats dans la province de Cabo Delgado depuis 2021 afin de sécuriser les opérations gazières, notamment celles de TotalEnergies et d'ExxonMobil, face à l'insurrection locale. L'Union européenne a contribué régulièrement à cette mission, à hauteur d'environ 20 millions de dollars par versement. Kagame a déclaré que le Rwanda dépensait quatre à cinq fois plus que ce montant et que, si le financement européen était suspendu, Kigali se retirerait simplement.

Cette affirmation mérite d'être examinée avec rigueur. L'Union européenne ne fixe pas sa contribution au hasard. Le montant de 20 millions de dollars par versement a très probablement été défini sur la base d'un budget présenté ou accepté par le Rwanda lui-même. Si Kagame a accepté cette enveloppe au départ, sa plainte ultérieure selon laquelle elle ne couvrirait qu'une fraction des coûts réels signifie soit qu'il a mal négocié, soit que ce montant n'était qu'une composante d'un financement plus large, complété par d'autres flux — ceux du gouvernement mozambicain, de TotalEnergies ou d'autres partenaires — qui ne sont pas pleinement rendus publics.

Le Rwanda n'a pas la puissance économique lui permettant de financer de grandes opérations expéditionnaires au profit d'autres États par pur altruisme. La posture d'indépendance financière mise en scène par Kagame vise à projeter l'image de la force et du levier. Elle ne constitue pas un compte rendu transparent du financement réel de la mission.

Cela importe pour les États-Unis, car le déploiement au Mozambique a été l'un des arguments les plus souvent mobilisés pour présenter le Rwanda comme un acteur sécuritaire régional responsable. Si Kagame est prêt à traiter ce déploiement comme un instrument de négociation financière plutôt que comme un engagement sécuritaire, alors sa valeur comme preuve de bonne foi est nulle. Un gouvernement qui fournit des services sécuritaires contre paiement et menace de les retirer quand le paiement devient litigieux n'est pas un partenaire stratégique. C'est un prestataire.

Ce que le cadrage de Kagame déforme : l'inversion victime-agresseur

À plusieurs reprises, Kagame a présenté le Rwanda comme la victime de pressions diplomatiques, décrivant les sanctions et les critiques comme des « insultes » infligées à un pays qui n'aurait fait que se défendre. Il a affirmé que les critiques « blâment la victime et font l'éloge du coupable ». C'est un récit soigneusement construit, mais qui inverse une réalité abondamment documentée.

Le Rwanda n'est pas une victime du conflit en RDC. Il en est une partie active. Le Groupe d'experts de l'ONU, Human Rights Watch, Amnesty International et le Trésor américain ont tous documenté, avec des éléments précis, que le RDF fournit commandement, logistique, troupes et matériel au RDF/M23 — une force qui a occupé du territoire congolais, commis de graves violations des droits humains et provoqué le déplacement de millions de civils. L'interview de Kagame a elle-même confirmé la présence militaire rwandaise.

Les FDLR existent, et certains de leurs membres les plus anciens sont issus d'une génération impliquée dans le génocide de 1994. Mais Kagame a été interrogé directement sur leur nombre actuel. Il n'a pas répondu. Un président qui affirme qu'un groupe constitue une menace existentielle justifiant l'occupation d'un pays voisin devrait être capable d'en donner une estimation crédible. Son refus démontre que le récit FDLR est avant tout politique.

Les informations disponibles indiquent par ailleurs que les éléments FDLR présumés se trouvent dans des zones qui sont, pour plusieurs d'entre elles, déjà sous contrôle ou sous influence du RDF/M23. Les FDLR n'occupent aucun territoire rwandais. Elles ne disposent ni d'artillerie significative, ni de capacité aérienne, ni d'une capacité démontrée de projeter une force transfrontalière à grande échelle contre le Rwanda. En revanche, les conséquences humaines documentées des opérations du RDF/M23 — déplacements massifs, violences sexuelles, enrôlements forcés, pillage et destruction des infrastructures civiles — sont vastes, précises et largement corroborées. La réponse rwandaise est donc disproportionnée, illégale en droit international et catastrophique pour la population civile de l'est du Congo.

KAGAME DANS SES PROPRES MOTS — SUR LE STATU QUO

Kagame a déclaré : « Je suis à l'aise avec le statu quo. La zone contrôlée par le RDF/M23 ne constitue pas un danger immédiat pour nous. Dans une certaine mesure, nous sommes à l'aise avec cela — mais nous savons que ce n'est pas la fin du chemin. »

Cette déclaration doit être lue dans tout ce qu'elle implique. Lorsque Kagame affirme que la situation dans les zones contrôlées par le RDF/M23 est meilleure qu'auparavant, cela signifie qu'il contrôle ces zones et entend qu'elles restent sous son contrôle. C'est précisément pourquoi une administration parallèle rwandaise se met progressivement en place : systèmes de taxation, structures de gouvernance, dispositifs sécuritaires, juridictions de fait. Tout cela vient se substituer à l'autorité de l'État congolais et créer des faits accomplis.

Ce n'est pas le langage d'un déploiement défensif temporaire. C'est le langage d'une annexion de fait par d'autres moyens. Chaque jour où le statu quo perdure est un jour où le Rwanda extrait davantage de ressources congolaises, étend son emprise administrative et rend tout retour en arrière plus coûteux. Kagame ne veut pas que le statu quo change, parce qu'il lui apporte simultanément ce qu'il recherche : pillage minier, occupation militaire et consolidation administrative. Cela constitue une violation directe de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies et des principes fondamentaux de l'intégrité territoriale.

Des sanctions incohérentes : pourquoi Washington ne peut pas sanctionner et coopérer en même temps

Il existe une contradiction structurelle au cœur de la politique américaine actuelle à l'égard du Rwanda. Les États-Unis ont désigné le RDF comme entité sanctionnée, ciblé quatre de ses commandants supérieurs, et déclaré publiquement que la conduite du Rwanda en RDC est inacceptable. Dans le même temps, Washington continue de coopérer avec Kigali dans les domaines de la santé, des migrations et des chaînes d'approvisionnement en minerais. Cette contradiction ne se contente pas de compliquer la diplomatie américaine. Elle en détruit la crédibilité.

Les sanctions sont des instruments de diplomatie coercitive. Leur logique repose sur un signal clair : le comportement d'un gouvernement est jugé si incompatible avec les intérêts et les principes de l'État qui sanctionne que des relations normales ne peuvent pas se poursuivre sans changement de conduite. À partir du moment où l'État qui sanctionne maintient ou élargit des relations normales dans d'autres secteurs, ce signal s'effondre. Kigali en tire naturellement la conclusion que les sanctions ne sont qu'un geste performatif.

La coopération sanitaire, en elle-même, n'est pas illégitime. Mais la question est de savoir si elle peut continuer sans condition politique alors que les opérations du RDF en RDC ont contribué à créer l'une des plus graves crises humanitaires du monde. Les millions de civils congolais déplacés de force font face à la malnutrition aiguë, au choléra, aux violences sexuelles et à l'effondrement des services de santé. Cette catastrophe sanitaire est directement liée à une catastrophe militaire.

L'accord migratoire conclu en août 2025 entre l'administration Trump et le Rwanda, en vertu duquel Kigali a accepté d'accueillir jusqu'à 250 migrants de pays tiers en échange d'une subvention non divulguée, a encore affaibli la cohérence de la politique américaine. Il est intervenu après les sanctions de mars 2025, après la chute de villes majeures dans l'est de la RDC, et après le rejet de fait des Accords de Washington. Le message envoyé est limpide : le Rwanda peut défier les sanctions américaines, violer un accord parrainé par Washington, et continuer malgré tout à obtenir des avantages financiers bilatéraux.

La dimension minière aggrave encore cette contradiction. À mesure que les puissances occidentales cherchent à sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement en minerais critiques, le Rwanda se présente comme une plateforme de transit et de certification. Kagame l'a lui-même reconnu dans l'interview. Tant que ces intérêts économiques continueront à bénéficier d'une forme de tolérance politique, toute politique de sanctions restera incomplète.

LA CONTRADICTION CENTRALE

Les États-Unis ne peuvent pas à la fois désigner le RDF comme entité sanctionnée, conclure un accord migratoire transférant à Kigali des subventions non divulguées, maintenir une coopération sanitaire qui renforce le rayonnement international du Rwanda, et tolérer l'acheminement de minerais de conflit par des systèmes de certification rwandais — tout en espérant que leur politique soit prise au sérieux.

Ce qu'exige une politique cohérente

Restaurer la crédibilité de la politique américaine suppose un changement profond : passer d'une conditionnalité sectorielle à une conditionnalité d'ensemble. Cela ne signifie pas interrompre immédiatement toute coopération avec le Rwanda dans tous les domaines. Ce serait disproportionné et pourrait nuire à des civils rwandais qui dépendent de certains programmes. En revanche, cela signifie établir un cadre clair, public et opposable, dans lequel la poursuite de la coopération bilatérale dans chaque secteur dépend explicitement de progrès mesurables vers le retrait du RDF de la RDC.

L'accord migratoire devrait être suspendu tant que le Rwanda ne se conforme pas aux Accords de Washington. Les entreprises américaines s'approvisionnant en minerais via le Rwanda devraient être tenues de démontrer, par vérification indépendante, que ces minerais ne proviennent pas de zones sous contrôle du RDF ou du RDF/M23. Le cadre juridique existe déjà. Ce qui manque, c'est la volonté politique.

Défis et intérêts concurrents

Toute analyse sérieuse doit reconnaître les obstacles à une telle réorientation. Le Rwanda dispose à Washington de relais diplomatiques, institutionnels et historiques puissants, hérités notamment de l'ère Clinton. Cette période, marquée par la culpabilité occidentale liée au génocide de 1994, a permis la construction d'un récit durablement favorable à Kigali, récit qui a souvent marginalisé ou minimisé les crimes du FPR documentés pendant et après 1994, y compris en RDC. Des interventions politiques visant à empêcher des poursuites plus larges contre le FPR ont contribué à installer une culture d'impunité.

Par ailleurs, certains membres du Congrès américain restent réceptifs à l'image d'un Rwanda discipliné, modernisateur et sécuritairement utile. L'administration Trump, de son côté, a montré une préférence pour les arrangements bilatéraux transactionnels plutôt que pour une stratégie multilatérale cohérente. Enfin, la région elle-même demeure complexe : l'Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et d'autres acteurs ont leurs propres intérêts. Une politique limitée au Rwanda serait incomplète. Mais ces difficultés ne justifient pas l'inaction. Elles exigent une politique plus lucide, plus ferme et mieux structurée.

Perspectives et tendances futures

La crédibilité des États-Unis comme médiateur de paix en Afrique ne sera pas mesurée au nombre d'accords qu'ils parviennent à signer, mais à leur réaction lorsque ces accords sont violés. Les Accords de Washington et la Résolution 2773 sont déjà violés. La manière dont Washington répondra — par une pression cohérente ou par une ambiguïté durable — déterminera si sa diplomatie dans les Grands Lacs conserve encore un sens.

La situation humanitaire dans l'est de la RDC continue de se détériorer. Les pertes territoriales, les déplacements massifs de population, la paralysie économique, l'effondrement des services et les restrictions humanitaires font peser un risque durable de déstructuration sociale. À cela s'ajoute la question stratégique des minerais critiques. L'est du Congo concentre une part majeure de ressources indispensables à l'industrie électronique et à la transition énergétique mondiale. Le choix qui se pose aux puissances occidentales est donc clair : soit elles acceptent tacitement qu'une partie de ces ressources soient sécurisées par la guerre, l'occupation et le blanchiment d'origine ; soit elles défendent réellement une chaîne d'approvisionnement fondée sur la souveraineté et le droit.

Ce que doivent faire les États-Unis et les Nations Unies : un cadre politique en huit points

L'interview montre clairement que Kagame ne craint pas le niveau actuel de pression américaine. Les sanctions ont été prononcées ; il les a rejetées comme politiquement motivées. Les déclarations diplomatiques ont été émises ; il les a dénoncées comme partiales. Les Accords de Washington ont été signés ; les forces alliées du Rwanda ont continué leur progression. Les États-Unis font donc face à un problème de crédibilité.

Premièrement, le régime de sanctions de mars 2025 doit être pleinement appliqué, y compris par une coordination avec les partenaires européens, africains et du Golfe afin que les désignations produisent une pression réelle, et non cosmétique.

Deuxièmement, les sanctions doivent viser la chaîne d'exportation minière rwandaise liée au blanchiment de minerais congolais.

Troisièmement, toute coopération sécuritaire américaine avec le Rwanda doit être suspendue dans l'attente d'un retrait vérifiable du territoire congolais.

Quatrièmement, la Résolution 2773 du Conseil de sécurité doit enfin être appliquée avec mécanisme de suivi, calendrier et conséquences en cas de non-conformité.

Cinquièmement, une voie diplomatique limitée dans le temps doit être proposée : si Washington estime que le Rwanda a une préoccupation sécuritaire légitime liée aux FDLR, alors il doit offrir soit une garantie sécuritaire bilatérale en échange d'un retrait complet, soit un soutien direct à la RDC pour neutralisation des FDLR par des moyens vérifiables sur le sol congolais. Si Kigali refuse, l'argument FDLR cesse d'être crédible.

Sixièmement, des restrictions de visa doivent viser l'élite politique, militaire et économique directement liée à la guerre.

Septièmement, des entités commerciales liées au FPR, notamment Crystal Ventures et ses principales filiales, doivent être sanctionnées afin de toucher le cœur économique du système.

Huitièmement, un embargo sur les armes à destination et en provenance du Rwanda doit être activement poursuivi au niveau multilatéral.

Implications de l'inaction

Si les États-Unis ne mettent pas en œuvre une réponse cohérente et globale, les conséquences sont prévisibles.

·     Le Rwanda continuera à exploiter et exporter illégalement des minerais congolais sous couvert de certificats rwandais.

·     Il poursuivra l'installation d'une administration parallèle dans l'est de la RDC.

·     Les violations des droits humains se poursuivront, souvent dans des zones difficiles d'accès pour les observateurs.

·     L'aéroport international de Goma pourra rester fermé indéfiniment, aggravant la dépendance régionale vis-à-vis des circuits rwandais.

·     L'économie locale continuera d'être paralysée.

·     La RDC cherchera à renforcer ses capacités militaires par tous les moyens, avec le risque d'une escalade accrue.

·     Et l'impunité se consolidera encore davantage, faute de mécanismes crédibles de reddition de comptes.

Conclusion

L'interview de Paul Kagame est précieuse pour l'analyste et embarrassante pour le diplomate. Elle dissipe l'ambiguïté qui a permis à des gouvernements occidentaux de maintenir des relations étroites avec Kigali tout en se disant préoccupés par la guerre dans l'est de la RDC. Kagame a confirmé, en ses propres termes, que ses forces sont présentes au Congo, qu'il est à l'aise avec le statu quo militaire, qu'il ne se retirera pas tant que ses propres conditions ne seront pas satisfaites, et qu'il considère les sanctions américaines comme illégitimes.

Les Accords de Washington ne sont pas simplement bloqués. Ils ont été publiquement et explicitement rejetés dans leur esprit et dans leur mise en œuvre par l'une des deux parties signataires. Les États-Unis, en tant qu'architectes et garants de cet accord, sont désormais face à un choix. Soit, ils laissent ce rejet s'imposer, consacrant de fait le principe selon lequel les accords parrainés par Washington peuvent être violés sans conséquence ; soit ils répondent par une combinaison crédible de pression renforcée et d'engagement diplomatique réel.

Les peuples de l'est de la RDC endurent depuis trente ans un conflit dans lequel leur souveraineté, leurs vies et leurs ressources sont traitées comme des variables d'ajustement dans les calculs stratégiques d'autres acteurs. Les propos de Kagame dans l'interview de Jeune Afrique du 3 avril 2026 constituent un rejet direct des Accords de Washington, de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité, et de l'idée même selon laquelle l'engagement américain dans les Grands Lacs pourrait produire des résultats. Coopérer avec le Rwanda tout en le sanctionnant ne peut pas constituer une politique. Le choix qui s'impose désormais aux États-Unis n'est plus entre engagement et confrontation. Il est entre crédibilité et complicité.

Questions fréquemment posées

Le Rwanda a-t-il officiellement admis avoir des troupes dans l'est de la RDC ?
Oui. Kagame a confirmé dans cette interview que les « mesures défensives » du Rwanda incluent des troupes au sol et l'utilisation de matériel à l'intérieur du territoire congolais.

Que sont les Accords de Washington et pourquoi sont-ils importants ?
Il s'agit d'un accord signé le 4 décembre 2024 sous médiation américaine, visant une désescalade entre la RDC et le Rwanda, notamment par le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la fin du soutien au M23.

Les sanctions américaines visent-elles les citoyens rwandais ordinaires ?
Non. Elles sont ciblées contre des entités militaires et des individus précis.

La présence militaire rwandaise en RDC viole-t-elle le droit international ?
Oui. Le recours à la force sur le territoire d'un autre État sans consentement, y compris par procuration via des groupes armés, constitue une violation du droit international.

L'argument de Kagame sur Uvira tient-il juridiquement ou politiquement ?
Non. Son propre raisonnement démontre que le Rwanda a signé un accord de paix alors que ses forces alliées poursuivaient déjà une offensive militaire.

Une solution diplomatique reste-t-elle possible ?
Oui, mais à condition qu'elle soit adossée à des coûts réels en cas de non-respect. Sans contrainte crédible, les accords resteront purement performatifs.

Références et sources
References and Sources

Primary Source

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THE AFRICAN RIGHTS CAMPAIGN
Londres, Royaume-Uni
africanrightscampaign@gmail.com
Pour les peuples de la région des Grands Lacs africains

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